Non. Nous n’installerions pas Urban VPN, et s’il est déjà dans votre navigateur, nous le supprimerions aujourd’hui. En décembre 2025, des chercheurs en sécurité ont montré que l’extension Urban VPN Proxy captait ce que ses utilisateurs tapaient dans les chatbots IA et l’envoyait aux serveurs de l’entreprise, même quand le VPN n’était pas activé.

Voici ce qui a été découvert, pourquoi le modèle du « VPN gratuit » rend ce genre de dérive probable, et ce qu’on vous conseille à la place.

C’est quoi, Urban VPN ?

Urban VPN est une marque de VPN gratuit surtout connue pour son extension de navigateur, Urban VPN Proxy, disponible sur Chrome et Microsoft Edge. Elle publie aussi des applis pour ordinateur et mobile. Son succès tient à deux choses : c’est gratuit et il n’y a pas de compte à créer. On installe, on choisit un pays, c’est tout.

Urban VPN ne fait pas partie des 49 VPN de notre base comparative, nous n’avons donc pas de notes à son sujet. C’est un choix. Nous ne suivons que des services qu’on peut évaluer sur l’essentiel : juridiction, propriétaire, audits, logs. Urban VPN échoue au premier test avant même qu’on parle de vitesse.

Ce que les chercheurs ont trouvé

Le 15 décembre 2025, Idan Dardikman, cofondateur et CTO de Koi Security, a publié une analyse de quatre extensions liées au même groupe : Urban VPN Proxy, 1ClickVPN Proxy, Urban Browser Guard et Urban Ad Blocker. Ensemble, elles comptaient plus de 8 millions d’utilisateurs, d’après le compte rendu de The Register.

Le cœur de la découverte :

  • Un module caché s’activait quand le navigateur ouvrait une plateforme d’IA. The Register cite ChatGPT, Claude, Gemini, Microsoft Copilot, Perplexity, DeepSeek, Grok et Meta AI parmi les cibles.
  • Il captait les requêtes tapées par l’utilisateur, les compressait et les envoyait aux serveurs d’analyse d’Urban VPN (analytics.urban-vpn.com et stats.urban-vpn.com).
  • La collecte était active par défaut, via un réglage codé en dur, sans interrupteur côté utilisateur.
  • Selon TechRadar, ce code est arrivé avec la mise à jour du 9 juillet 2025 (version 5.5.0) et tournait que le VPN soit connecté ou non. Désactiver l’avertissement « AI protection » de l’extension ne l’arrêtait pas.

Reste la question de la destination des données. Les chercheurs relient Urban VPN à BiScience, une société que Dardikman décrit comme un courtier en données qui revend des données de navigation à des fins marketing. Des travaux antérieurs de Wladimir Palant et de John Tuckner (Secure Annex) avaient déjà documenté la collecte d’historique de navigation par BiScience via des extensions.

TechRadar estime à environ six millions le nombre d’utilisateurs Chrome d’Urban VPN Proxy à elle seule. Et le Chrome Web Store lui avait attribué un badge « Recommandé » (Featured), que la plupart des gens prennent pour un gage de qualité.

La réponse d’Urban VPN

D’après The Register, Urban VPN affirme mentionner la collecte de données IA dans son écran de configuration et sa politique de confidentialité. Dardikman répond que cette politique révèle surtout que les données sont vendues à des fins marketing, et que la fiche du store ne parlait pas des conversations IA. Les e-mails envoyés par The Register à Urban VPN, BiScience et 1ClickVPN sont revenus en erreur.

Notre avis : même si tout est techniquement écrit quelque part, un outil « de confidentialité » qui lit vos conversations IA par défaut, sans moyen de le désactiver, n’est pas un outil de confidentialité. Une ligne dans une politique que personne ne lit ne change rien à ça.

Pourquoi c’est plus grave qu’une fuite classique

On colle dans un chatbot des choses qu’on ne taperait jamais dans un moteur de recherche. Des projets de contrat. Des questions médicales. Du code avec des clés d’API encore dedans. Le message qu’on n’arrive pas à écrire à son conjoint ou à son patron.

C’est tout le problème ici. Il ne s’agissait pas d’adresses IP ou d’une liste de sites visités, mais du contenu de conversations que les gens croyaient limitées à eux et à une entreprise d’IA.

Urban VPN est-il sûr aujourd’hui ?

Nous ne pouvons pas confirmer que ce comportement a changé, et nous n’avons vu aucun audit indépendant de la version actuelle. Sans ça, l’hypothèse prudente est celle de Koi Security : considérez comme captée toute conversation avec un chatbot IA depuis juillet 2025 si l’extension était installée.

Il y a aussi une raison de fond de s’en tenir éloigné. Faire tourner un réseau VPN coûte de l’argent : serveurs, bande passante, salariés. Un service qui ne facture rien doit se payer autrement. Parfois avec de la pub, parfois avec une offre payante, parfois avec vos données. L’activité d’Urban VPN est liée à un courtier en données, ce qui dit assez dans quel modèle on se trouve. Nous décrivons le phénomène plus largement dans notre article sur la télémétrie et la collecte de données des VPN.

Que faire si vous avez utilisé Urban VPN

  1. Supprimez les extensions. Dans Chrome, cliquez sur l’icône puzzle, puis Gérer les extensions, et retirez Urban VPN Proxy, 1ClickVPN Proxy, Urban Browser Guard et Urban Ad Blocker si vous les avez. Dans Edge, même chose dans le menu Extensions.
  2. Désinstallez l’appli ordinateur ou mobile si vous l’aviez installée.
  3. Repensez à ce que vous avez collé dans vos conversations IA. Mots de passe, clés d’API, jetons d’accès : changez-les ou révoquez-les. C’est l’étape que tout le monde saute.
  4. Faites le tri dans l’historique de vos chats. Supprimer une conversation dans ChatGPT ou Claude ne rappellera pas des données déjà envoyées ailleurs, mais autant nettoyer ce qui est sensible.
  5. Passez en revue vos autres extensions. Toute extension autorisée à « lire et modifier toutes vos données sur tous les sites web » peut voir ce que vous tapez. Ne gardez que celles en qui vous avez confiance.

Une extension VPN n’est de toute façon pas un vrai VPN

Bon à savoir au-delà de cette affaire : la plupart des « VPN » gratuits en extension sont en réalité des proxys. Ils ne font passer que le trafic de ce navigateur, pas celui de vos applis, de vos jeux ou des mises à jour système. Et comme ils tournent dans le navigateur, ils voient les pages que vous chargez. C’est exactement l’accès qu’Urban VPN Proxy a exploité. Notre article VPN ou proxy : quelle différence explique la nuance.

Si vous voulez une extension, prenez-la chez un fournisseur dont la politique no-logs est auditée et qui propose aussi une vraie appli pour ordinateur. Notre guide des meilleures extensions VPN pour Chrome compare les options.

Les alternatives plus sûres à Urban VPN

Si vous voulez du gratuit : Proton VPN Free

L’offre gratuite de Proton VPN est ce qui se rapproche le plus d’un VPN gratuit fiable. Pas de limite de données, pas de pub, et Proton est basé en Suisse (5/5 en juridiction dans notre base) avec une politique no-logs auditée par KPMG (5/5). Les contreparties : vous ne choisissez pas le serveur exact, et le streaming n’est pas pris en charge en gratuit.

Obtenir Proton VPN Free

L’offre gratuite de Windscribe (10 Go par mois) est une seconde option correcte, mais elle n’a pas d’audit no-logs indépendant (2/5 dans notre base). Notre sélection des meilleurs VPN gratuits donne la liste complète.

Si vous pouvez payer quelques euros : NordVPN

Si vous voulez une extension de navigateur, des applis complètes et un streaming qui marche, NordVPN est notre premier choix avec 4,63/5 au global. Il a des extensions Chrome et Firefox, une politique no-logs auditée par PwC et des serveurs RAM. Le plan 1 an coûte 68,85 $ (environ 5,74 $ par mois), avec 60 jours pour se faire rembourser.

Urban VPNProton VPN FreeNordVPN
PrixGratuitGratuit68,85 $/an
Dans notre baseNonOui (4,24/5 au global)Oui (4,63/5 au global)
Audit no-logs indépendantAucun à notre connaissanceKPMG (5/5)PwC (5/5)
Note juridictionNon évaluéeSuisse (5/5)Panama (5/5)
Lié à un courtier en donnéesOui (BiScience, selon les chercheurs)NonNon

Envie de comparer tous les VPN côte à côte ? Consultez notre tableau comparatif complet avec les scores sur 18 critères.

Comment vérifier un VPN gratuit avant de l’installer

Pas besoin d’être chercheur en sécurité. Avant d’installer un VPN gratuit, vérifiez quatre choses :

  • Qui le possède. Si vous ne trouvez ni vraie société ni pays sur le site, passez votre chemin.
  • Comment il gagne de l’argent. S’il n’y a ni offre payante ni pub, le produit, c’est probablement vous.
  • S’il a été audité. Un audit no-logs indépendant par un cabinet nommé, c’est le minimum pour nous.
  • Quelles autorisations il demande. Qu’une extension VPN veuille lire les données de tous les sites est normal vu leur fonctionnement. C’est justement pour ça que le propriétaire compte autant.

Notre guide pour vérifier la politique no-logs d’un VPN va plus loin, avec les signaux d’alerte à repérer dans une politique de confidentialité.

Notre verdict

Urban VPN n'est pas sûr. Des chercheurs ont montré que son extension Chrome et Edge captait par défaut les conversations avec les chatbots IA, même VPN coupé, et ont relié l'entreprise à un courtier en données. Supprimez-la, changez les secrets que vous avez collés dans vos chats IA, et passez à un fournisseur dont la politique no-logs est auditée. Proton VPN Free est le meilleur remplaçant gratuit ; NordVPN est notre choix pour un service payant complet avec extension de navigateur.