CyberGhost affirme ne conserver aucun log. Cette promesse repose sur trois choses : une politique de confidentialité, un audit vieux de plus de dix ans, et des serveurs RAM uniquement. Ces trois preuves ne se valent pas. Voici ce qui tient vraiment debout, et ce qui cloche.

Ce que la politique sans logs de CyberGhost promet

La politique de confidentialité de CyberGhost affirme ne pas collecter ni stocker :

  • Votre adresse IP d’origine
  • L’historique de navigation ou les sites visités
  • Les requêtes DNS
  • Les horodatages de connexion ou la durée des sessions
  • Le volume de données ou la bande passante par session

Sur le papier, c’est un engagement complet. Reste à savoir si une vérification indépendante le confirme.

L’audit Deloitte de 2012 : pourquoi son âge pose problème

Le dernier audit indépendant sans logs de CyberGhost a été réalisé par Deloitte en 2012. C’est toujours cet audit que CyberGhost brandit comme preuve, et il a maintenant plus de dix ans.

Un audit n’est qu’une photo de l’infrastructure au moment où il a été mené. Les serveurs changent, les logiciels évoluent, l’actionnariat bouge, les process internes sont refaits. Un audit de 2012 ne dit rien de fiable sur les systèmes que CyberGhost fait tourner aujourd’hui. À titre de comparaison, NordVPN enchaîne les audits PwC en continu, et ProtonVPN a fait vérifier son infrastructure sans logs par KPMG en 2024. Les audits récurrents comptent parce qu’ils prouvent qu’une politique tient dans le temps, pas juste à un instant T. Un audit unique datant de 2012, jamais renouvelé, ressemble plus à une note de bas de page marketing qu’à une garantie vivante.

C’est la plus grosse faiblesse de CyberGhost côté confidentialité. Le reste (serveurs RAM, juridiction) peut se vérifier ou s’évaluer indépendamment. La promesse sans logs elle-même n’a pas été contrôlée par un tiers depuis plus de dix ans.

Ce que CyberGhost collecte réellement

La politique de CyberGhost reconnaît collecter un ensemble plus restreint de données, liées au compte et au fonctionnement de l’app, pas à l’activité VPN :

  • Adresse e-mail : nécessaire pour créer un compte
  • Informations de paiement : traitées par des prestataires tiers, non stockées directement par CyberGhost
  • Diagnostics d’application agrégés et rapports de plantage : données non identifiables utilisées pour corriger des bugs
  • Type d’appareil et version d’app : pour la gestion du compte et des mises à jour

Rien de tout ça ne renvoie à ce que vous faisiez une fois connecté. Mais l’adresse e-mail reste un point d’ancrage identitaire : c’est la seule donnée que CyberGhost pourrait remettre en cas d’obligation légale, même sans aucune information sur votre navigation à fournir en plus.

Serveurs RAM uniquement

CyberGhost fonctionne entièrement sur une infrastructure RAM uniquement. Aucune donnée n’est écrite sur un disque dur, donc un serveur s’efface totalement à chaque redémarrage. En cas de saisie, il n’y aurait rien à récupérer.

C’est une vraie protection technique, indépendante de la question de l’audit. L’architecture RAM uniquement n’a pas besoin d’un certificat pour compter : c’est un fait structurel sur la façon dont les serveurs sont construits.

Juridiction : Roumanie, hors 14 Eyes

CyberGhost est basé en Roumanie, en dehors de l’alliance de renseignement 14 Eyes. Les tribunaux roumains ont aussi, par le passé, retoqué des obligations de rétention de données à l’échelle de l’UE, les jugeant contraires à la constitution. Cette combinaison fait de la Roumanie une des juridictions les plus favorables à la vie privée pour un VPN.

En pratique, la juridiction compte surtout quand une politique sans logs est réellement mise à l’épreuve. Comme CyberGhost n’a pas de logs d’activité à remettre (quoi qu’un tribunal roumain puisse exiger), l’avantage juridictionnel reste un bonus, pas l’élément décisif.

L’actionnariat Kape Technologies

CyberGhost appartient à Kape Technologies, la même holding qui possède ExpressVPN, Private Internet Access et ZenMate. En 2026, Kape est passé entièrement privé sous le groupe Unikmind de Teddy Sagi, sortant complètement des marchés publics.

Pour les utilisateurs, ça joue dans les deux sens. Une seule entreprise qui contrôle plusieurs grandes marques de VPN pose forcément la question d’une infrastructure et d’intérêts partagés entre des produits vendus comme concurrents. Et devenir une société privée supprime les obligations de transparence propres aux entreprises cotées : moins de communication obligatoire sur les finances, la gouvernance, ou tout problème matériel à venir. Kape n’a pas été lié à un scandale de logs précis, mais une redevabilité publique réduite a un coût réel, ce n’est pas anodin.

CyberGhost face aux autres politiques de logs VPN

VPNAudit sans logsDernier auditServeurs RAMJuridiction
CyberGhostOui2012 (Deloitte)OuiRoumanie
NordVPNOuiContinuOuiPanama
ProtonVPNOui2024 (KPMG)PartielSuisse
SurfsharkOui2021 (Cure53)OuiPays-Bas
MullvadOui2025/2026OuiSuède

CyberGhost est clairement à la traîne sur la fraîcheur de l’audit. Tous les autres fournisseurs majeurs de ce tableau ont été vérifiés au cours des cinq dernières années ; les preuves de CyberGhost datent d’avant l’iPhone 5S.

CyberGhost a-t-il déjà remis des données aux autorités ?

Aucun cas documenté de CyberGhost remettant des données d’activité utilisateur à la justice ou aux forces de l’ordre n’existe. C’est un signal plutôt positif, même s’il reflète aussi le fait que CyberGhost n’a pas encore été confronté à une affaire judiciaire à fort retentissement, contrairement à Mullvad (perquisitionné par la police suédoise en 2023, sans rien produire) ou NordVPN (serveur saisi en Finlande en 2018, sans rien produire). Une promesse jamais testée et une promesse qui a survécu à une perquisition, ce n’est pas la même catégorie de preuve, même si les deux affichent aujourd’hui un dossier vierge.

Faut-il faire confiance à CyberGhost pour son engagement sans logs ?

Pour un usage courant, streaming, navigation classique, torrent sur un serveur qui l’autorise, la configuration sans logs de CyberGhost fait probablement l’affaire. Les serveurs RAM uniquement et la juridiction roumaine hors 14 Eyes offrent une base technique et légale raisonnable, et aucune remise de données n’a été documentée.

Mais il faut être clair sur la faille : un audit de 2012 n’est pas une preuve actuelle, et le passage de Kape en société entièrement privée ajoute une couche de transparence en moins par-dessus une piste d’audit déjà obsolète. Pour des besoins de confidentialité sérieux, journalisme, militantisme, opérer sous un régime hostile, l’audit dépassé de CyberGhost est un vrai motif d’élimination. NordVPN ou ProtonVPN disposent tous deux d’audits de moins de deux ans et restent le meilleur choix pour les modèles de menace les plus exigeants.

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Notre verdict

L'infrastructure sans logs de CyberGhost est solide sur le plan technique : serveurs RAM uniquement, juridiction roumaine favorable à la vie privée, et aucun historique connu de remise de données. Mais la promesse sans logs elle-même repose sur un unique audit Deloitte de 2012, bien trop ancien pour valoir preuve actuelle. Ajoutez à ça le passage de Kape Technologies en société entièrement privée en 2026, et la piste de transparence de CyberGhost devient plus mince que ce que son prix devrait garantir. Pour du streaming et de la navigation au quotidien, c'est une option correcte et abordable à 2,75 $/mois sur le forfait annuel. Pour tout ce qui touche à des enjeux plus sérieux, mieux vaut un fournisseur avec un audit récent et récurrent.

Pour aller plus loin

Pour apprendre à évaluer une preuve d’audit en général, lisez Comment vérifier la politique no-logs d’un VPN : ce qui compte vraiment comme preuve. Pour un tour complet du prix et des fonctionnalités de CyberGhost au-delà de la confidentialité, consultez notre avis complet sur CyberGhost. Et pour comprendre ce que le changement d’actionnariat de Kape signifie pour l’ensemble de ses marques VPN, lisez Kape Technologies passe en privé : ce que ça change pour ExpressVPN, CyberGhost et PIA.